Nous sommes en septembre 2002. Je voyage en bateau pour traverser la Manche, je quitte le domicile familial pour « l’aventure ». Une aventure qui, j’en suis persuadée, n’en sera pas une. Je traverse la Manche pas un océan. Je vais chez les anglais, ils sont comme nous après tout. J’aime Oasis, les Beatles, Blur et Pulp. Je me sens prête, armée et préparée.

Le plan : être assistante de français dans deux collèges de Poole, Dorset. L’organisation m’est mâchée ; je serai logée dans une famille, mon boulot commence lundi. Pas (ou peu) d’inquiétude à avoir. Je n’ai que mes états d’âme à gérer.

C’est là que le bât blesse : j’ai beau avoir suivi des études d’anglais je ne suis pas préparée à la différence. Je n’y ai même jamais vraiment réfléchi. C’est étrange, ils ne mangent pas comme nous, aux mêmes heures que nous, ne boivent pas comme nous, ne rient pas des mêmes choses. Naïve was my second name !

Rencontrer des anglais m’a sauvée : pour poser des questions, pour échanger, pour profiter du pub comme il se doit, pour fit in britishness.

Rencontrer des français m’a sauvée : pour poser des questions, pour échanger et pour enfin rire des mêmes références !

S’il me parait très étrange de ne pas essayer de se mélanger à la population, et par là se montrer curieux et ouvert, j’ai toujours trouvé dommage le rejet d’autrui sous couvert de besoin linguistiques (« je suis ici pour parler anglais… ») Pourquoi se couper d’une partie du monde ? il me semble les points d’ancrage sont trop précieux pour être recalés.

Rencontrer des gens m’a sauvée : finalement, au-delà des nationalités, c’est resté une aventure humaine qui m’a donné des papillons dans le ventre, l’envie de repartir et de me remettre à l’épreuve quelques années plus tard. La diversité londonienne me permet de perpétuer cette sensation. Le va-et-vient constant des gens donne une teneur spéciale aux nouvelles têtes, rend grisantes les rencontres. Certains sont partis pour de bon, d’autres un peu loin. Certains sont toujours très proches. Une chose est sûre : ils ont tous pris une place dans mon cœur et donne une saveur sucrée à mon expatriation.